Lu par l’auteur

J’ai enfilé ma veste
Mes chaussures de randonnée
J’ai pris mes papiers mes clés des mouchoirs
Et je suis sorti sous la pluie

J’ai fourré mes mains dans mes poches
J’ai longé le cimetière
J’ai traversé les rues désertes
Et je suis arrivé

C’est une chance qu’il pleuve aujourd’hui
Une chance qu’elle soit là

J’écoute les turbulences de l’eau
Je me lance
Je marche le long de la rivière
Je me lâche
Je pleure le long de la rivière

Je pleure pour toi mon amour
Je pleure pour toutes tes peurs
Je pleure toutes tes douleurs
Je pleure même de te laisser seule

Ma capuche ne couvre pas ma tête
Des gouttes ruissellent sur mon visage
Se mêlent au sel de mes larmes
Je dégouline de douleurs
Tandis que mes reniflements ébranlent le chant de la rivière sous la pluie

Les berges sont aussi désolées que moi
Couvertes des stigmates des dernières inondations
Fréquentées par quelques chiens et leurs maîtres
Joggeuses et joggeurs que rien n’arrêtent
Plusieurs pêcheurs et une pêcheuse
les yeux rivés sur les eaux tumultueuses

C’est une chance qu’il pleuve aujourd’hui

Ma vue se trouble
Mon cerveau s’embrouille
Ici c’est un homme aux allures de chasseur
Là un fusil qui m’a dans son collimateur

Je bredouille
Demande pourquoi
Lui me répond qu’il ne sait pas
Je m’obstine
Je veux comprendre
Lui me fixe et ne répond pas

Je suggère qu’on prenne le temps
Il secoue la tête très lentement
Son regard semble vide
Ni haine ni démence

Il ne voit que sa douleur
Me semble-t-il
Je ne vois que ma douleur
Lui semble-t-il

Je me frotte les yeux
Trotte sur quelques mètres
Tente d’échapper à ma terreur
M’arrête
Tressaute
Trouve à calmer mes sanglots

C’est une chance qu’il pleuve aujourd’hui

Mon cauchemar est loin
La catastrophe est de retour.