Elle en a vraiment vu de toutes les couleurs :
Dormeur, jeune et pâle dans le frais cresson bleu
Narcisse mythique d’une beauté fatale
Amours verts, roses ou rouges, emmêlés, suspendus
Vies assombries, noyées, englouties et pleurées
Éclaboussures, éclats de rire, éclats de voix,
Éclairs de feux, éclats de verre, éclats d’obus.
Elle en a vraiment vu de toutes les couleurs
Comme il arrive que les joies tournent aux pleurs :
Des cailloux qui chatouillent à chaque ricochet
Des rapides imprévus qui vous cognent et vous blessent
Des massifs aveuglants qui obstruent l’horizon
De gros débordements qui invitent au silence
Et l’attente patiente de lendemains qui chantent.
Elle en a vraiment vu de toutes les couleurs :
Secouée, frappée, fêtée, caressée, embrassée.
Pauvrette ! Il faut croire que l’on se moque d’elle.
Plantes et papiers, cailloux, tronc, poissons et plastiques
Chariots et canettes, torchons et serviettes
Dia ! Quel imbroglio : duchesse ou grande Crado ?
Elle se gausse, en fait son lit, en a vu d’autres.
Elle en a vu, hélas, et en subira d’autres.
Elle afflue, rit, rugit, puissante comme un fleuve
Sous le petit pont du moulin de Gelleneuve
Ou se fait minuscule, et paisible s’il faut
Sous le monumental viaduc de Millau.
Fugitive imprenable, une chose l’atteint
L’effroyable épreuve d’une fièvre sans fin.