Dans quelques siècles
Dans les classes d’histoire
Car il y aura encore des élèves pour étudier l’histoire
Et des professeurs pour en faire le récit émouvant
Dans quelques siècles
On regardera d’un œil incrédule
Cette époque qu’on marchande sans scrupules.
Et « Dieu qu’ils étaient cons ! » surgira du fond de la classe.
Dans quelques siècles
Dieu sera encore sur les lèvres
Telle une interjection au sens oublié
Tandis que notre système monétaire sera cent-six pieds sous terre.
« Dieu qu’ils étaient cons ! » restera suspendu dans le silence de la classe
Comme l’écho murmurant de pensées éparses.
Lorsqu’une autre époque lèvera le rideau sur notre temps révolu
Un archéologue exposera naïvement ce vers
Extrait des décombres d’une antique blogosphère :
« Que j’ai honte de nous débiles que nous sommes ! »
Lorsqu’une autre époque lèvera le rideau sur notre temps révolu
La musicalité des mots sera peut-être cent-six pieds sous terre
Comme la danse des abeilles et les chants des oiseaux
Ensevelis avec notre système monétaire.
Lorsqu’une autre époque lèvera le rideau sur notre temps révolu
Tu ne seras plus, mon amour, et je ne serai plus
Et nos enfants et leurs enfants ne seront plus non plus.
Que restera-t-il de notre temps révolu ?
De notre monde aux allures de bowling ?
Et la boule roule
Et la boule fauche
Et la boule grossit sans qu’on puisse l’arrêter.
L’humanité se berce et vacille.
Et la bulle enfle
Et la bulle fauche
Et la bulle croît jusqu’à l’éclatement.
Voici la fin
Voici la fin des crève-la-faim
Voici la fin des sans-papiers des sans-abri des sans-emploi
Voici la fin des sans scrupules aux fronts ruisselants d’argent.
Même les fameuses fins du monde seront cent-six pieds sous terre
Englouties avec notre système monétaire
Avec ses énormités et ses bassesses
Avec ses calculs et ses promesses.
Mais il restera dans l’air tout au fond des mémoires
Le souvenir amer d’une escroquerie monumentale.
Nom de Dieu ! Non ! Dieu n’a jamais fait l’unanimité
Le nom de Dieu n’a jamais pu être imposé à toute l’humanité
Contrairement au système monétaire international
Et à son cortège de putes ultra et néolibérales
Avec ses joueuses à la Bourse et ses jeux de hasard
Avec ses lois serviles ses gardiens et ses pions
Avec ses passes ses défausses et ses dés pipés
Pour le bien commun des intérêts particuliers.
Voici la fin
Voici la fin
Voici la fin qui ne vient pas
Voici la fin
Voici enfin la mort du loup pour l’homme
Voici la fin à venir et celle qui ne vient pas
Voici enfin venir celle qui ne vient pas
Ma seule prière.
Voici la fin
Enfants d’autres temps
Où mes vers gisent cent-six pieds sous terre
Avec notre système monétaire.