Lu par l’auteur

Le moteur de mon écriture n’est plus
N’est plus un simple jeu de séduction
N’est plus nourri de mes longues quêtes emmêlées
N’est plus ce bourbier dans lequel je pataugeais
Gaiement
Au nom du père
De ma mère
Et de mon Saint-Esprit
En quête d’amour
Entre autres
Infiniment lentement
Désespérément
Besoin désespéré
Plutôt se défaire du besoin désespéré d’attention
Un peu
Beaucoup
Mais pas beaucoup plus
Plutôt rester sur la réserve
Sans jauge
Sans peur
Pour l’écriture
Et plutôt se délester du reste
De la liberté
Se libérer des faux-semblants
De la liberté
Se détourner
De la liberté
De tous les mots vides
Macronisés
Sans regret
Sans regretter le temps d’hier
Le temps d’errance
Le temps perdu
Et tant pis si je ne sais pas voler
De mes propres ailes
On se casse la gueule à vouloir voler
De ses propres ailes
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel
Dit-on
Et les hommes tombent plus bas que terre
Sans même s’être brûlés les ailes
Sous le regard sans voix de milliers d’yeux anonymes
Direction l’avaloir
Sans billet retour
Sans regret
Sans aucun doute
Plutôt renoncer
Réussir à renoncer
À tout ce qui n’est pas vivant
Pour garder notre lien
Vivant
Plutôt renoncer
Ralentir ne suffit plus
Rentrer
En soi
Chez soi
Sentir qu’il n’y a rien à faire avancer
Qu’écouter
Rien à produire
Sinon maintenir ce lien
Vivant
Et rien de plus
Qu’écouter
Vraiment
Que ce lien
À tout ce qui nous est cher
Et laisser tomber les bouts de ficelles
Bruits et brins d’éclats
Le fil à coudre de la renommée
Et laisser bêler qui veut me rire au nez
Laisser le boomerang faire son chemin
Les aboiements au loin
La bêtise recrute
À grand renfort de putaclics
De vassaux
Et de copistes
Rien à faire
Mieux à faire
Plutôt se soustraire
Simple question d’ordre de grandeur
Et de dignité
Ni courage
Ni lâcheté
L’art de faire autre chose
Quoi que vous fassiez
Quoi que vous pensiez
Façon Filliou
Simple disposition d’esprit
Et de corps
Nul besoin de savoir voler
Nulle contorsion
Plutôt chanter
Soutenir le chant des oiseaux
Partout
Où il en reste assez
Et laisser nos fleurs étranges danser
Dans le vent
Trembler
Devant l’ouragan
Plutôt se déraciner
Éviter les impasses
Ma rue est une voie sans issue
Pleine de gens qui se côtoient sans se fréquenter
Où les morts sont les plus recherchés
Le monde est une immense étendue
Peuplé d’entre-soi
D’impasses
D’intérêts privés
Et d’affabulations grotesques
Plutôt les tailler en pièces
Plutôt les ciseaux du poète
Le temps fera le reste
Plus tard
Trop tard
Peut-être
Le temps défera le reste
Plus tard
Trop tard
Sûrement
En 2050
J’aurai 79 ans
Peut-être
Sans rente ni pension
Ni patrimoine ni action
Sans doute
Travailler plus
Pour vivre plus longtemps
Le franc-parlé de la nécessité
Du manque d’eau
Du manque d’énergies
Du manque de tout
Adieu le fameux risque radioactif
La redoutable guerre thermonucléaire
Adieu les délires technologiques jubilatoires à la Matrix
Et toutes les transes metaverse
Les mythes transhumanistes
Les rêveries démiurgiques
Et tutti quanti
Plutôt les pics épidémiques
La lame pandémique
Cette faucheuse
Qui se fout de notre modernité
Comme de l’an quarante
Nous pédalerons
Dès 2060 s’il faut
Masqués
Suants et ronchonnants
Décor sordide d’un cinéma réaffecté
Putain de promiscuité
Ronflements tonitruants des souffles et des rouages
Fournir
Nourrir
Alimenter le dispensaire de la rue d’en face
Un antique gymnase
Se côtoyer sans se fréquenter
Une nécessité
En attendant notre tour
Un lit qui se libère
Pour se payer
S’offrir
Une fin de vie
Façon Soleil Vert
Où la mort est la plus recherchée
Plutôt partir
Partir plus tôt
Se soustraire
Simple question d’ordre de grandeur
Et de dignité
Ou de dépression
Défaut de relations
Penchants fatalistes
Déni de dépression
Vous avez raison
Je sous-estime
Sans doute
Aussi
L’impact de la maladie
De mon amour
Mon cher amour
Mon déséquilibre
Un déséquilibré qui pleure
Devant l’écran de son ordinateur
Deux écrans
Pour le confort
Un type
Pour le confort de celles qui produisent
Fournissent
Nourrissent
Des femmes qui produisent
Qui comptent
Contrôlent
Enregistrent
Analysent
Supportent
L’insupportable
Les cafouillages
Les mesquineries
En tous sens
Un type-support
Qui là
À ce moment précis
Au bord des larmes
A fait défaut
A tout lâché
A dû partir
S’absenter
Se retrouver
Plutôt m’effondrer
Que supporter
Un cauchemar
À ses yeux
Impensable
Une catastrophe
À mes yeux
Insoutenable
En parler l’aide
En parler
Je ne peux
Que pleurer
Elle veut se battre
Suis abattu
Cogite
L’impensable
Médecin malade
Des ganglions qui déraillent
Ses maudits quarante ans
Un cortège d’ennuis
La santé de ses proches
Qui porte la poisse ?
À qui ?
Croit-elle
Et le bambou
Fétiche
Desséché
Crevé
Un compagnon de vingt ans
Disparu
Et la pensée magique
Tout fout le camp
Pourquoi ?
Maintenant ?
Cette annonce ?
Ce jour-là ?
Putain de palindrome
Putain d’incongruité
Cogito ergo sum
Shakespeare plutôt que Descartes
La contingence plutôt que des croyances
Un type-support
Qui fait défaut
Ne croit en rien
Ou si peu
Plutôt désespérer que déprimer
Ne croit en rien
D’assez grand
Ni à l’Amour
Ni en l’avenir
Qui fait la sourde oreille
À la bonté humaine
À la tienne !
À la vôtre !
Qui y croit ?
Encore ?
Nos belles valeurs ?
Républicaines
Et démocratiques
Et géométriques
Pardonnez-moi
Ne peux pas
Ne suis pas
Pas même
Patriotique
I would prefer not to
Aimer me suffit
Et ne demande rien
Qu’un peu de réciprocité
Et assez peu d’emmerdements
Plutôt les rires
Les vrais
Les cris
Les colères
Les chamailleries
Que ce foyer vide
Vidé
Ce 22 février
Où la douleur nous a surpris
A pris place
Toute la place
Des mois et des mois
Les va-et-vient du corps médical
Les va-et-vient du mal-être
Plutôt écrire
Couper
Pleurer
Trembler
Réécrire
Couper
Pleurer
Chanter
Plutôt écrire
Que cogiter
Plutôt écrire
Qu’oublier.